L’homme est fait pour le bonheur et le bonheur pour l’homme. Qui pourrait le contester ?
Cependant si l’on considère que la vie de l’homme est une des conditions nécessaires à l’expérience du bonheur, alors il faut aussi conclure que la vie de l’homme est un bien que nul n’a le droit de s’approprier.
Car le respect inconditionnel de la vie de l’homme est notre raison de vivre et notre passeport pour le bonheur. « Un enfant qui naît en ce monde est le signe que Dieu espère en l’homme » ( Tagore ).
Comprendre cela, c’est déjà allumer une lampe au cœur de la nuit.
La nuit, c’est tout ce qui peut blesser l’homme, le rabaisser, l’humilier. C’est tout ce qui porte atteinte à sa dignité. Le chômage, la précarité, la solitude, l’oppression, l’addiction…et toutes les autres formes de condamnation insidieuses : celles qu’on ne voit pas et qui oeuvrent dans le silence à trier, sélectionner, discriminer les enfants déclarés désirables et indésirables de l’espèce humaine. Que dire de tous ces pays où la vie de l’homme est constamment opprimée, ou condamnée à des sentences de mort arbitraires : les conditions d’épanouissement du bonheur ne sont pas garanties parce que l’homme craint d’abord pour sa vie.
Il faut ouvrir les yeux : c’est bien comme cela que fonctionne notre société aujourd’hui lorsqu’elle autorise l’avortement, le tri embryonnaire, le clonage thérapeutique ou menace de légaliser l’euthanasie.
La mort provoquée, comme toutes les actions dirigées contre l’homme, n’est autre qu’une grande machine à produire du désespoir.
Comment des actions devenues aussi banales et faciles peuvent-elles entraver le bonheur individuel et collectif ?
Supprimer la vie, interrompre une grossesse, supprimer un embryon in vitro, débrancher un respirateur artificiel : tout cela est d’une dérisoire facilité. Le champ est libre car la victime ne se défendra pas. Les manuels de formation à l’IVG rassurent les futurs médecins sur la simplicité, voire l’innocuité du geste technique lorsque celui-ci est bien maîtrisé. Quant à la suppression d’un embryon in vitro, quoi de plus expéditif ? On pourrait même dire que dans ces conditions tuer son semblable est à la portée de n’importe qui.
Cependant ces actes sont en réalité générateurs de violences psychiques profondes, de traumatismes divers dont on mesure mal encore aujourd’hui les effets.
L’expérience montre quelles blessures peut provoquer l’avortement dans la vie psychique d’une femme, mais aussi auprès de tous ceux qui sont associés à cette pratique.
Les techniques de fécondation in vitro, consistent à produire des embryons en surnombre, à les congeler et à les stocker : ce qui revient à considérer la vie humaine comme un objet de fabrication. Que faire des embryons surnuméraires ? Quelle valeur ces embryons, à qui l’on confère une plus ou moins bonne « qualité », ont-ils aux yeux de leurs parents ? Pourquoi les deux embryons réimplantés auraient-ils plus de valeur que ceux qui sont restés congelés ? A quel hasard, à quelle intention arbitraire ces embryons réimplantés doivent-ils leur vie ? Comment expliquer plus tard aux enfants nés, qu’ils ont d’abord été fabriqués artificiellement puis congelés avant d’être décongelés ? On voit bien que cette technique, destinée à apporter une réponse à un problème, soulève en réalité beaucoup plus de difficultés morales qu’elle n’en résout.
Le Diagnostic pré-implantatoire (DPI ) quant à lui est à la source d’une profonde injustice car il a pour but la production d’embryons in vitro puis leur sélection en fonction de leur « état de santé » et enfin la destruction des embryons atteints. On peut comprendre le désir des parents, qui ont perdu un ou plusieurs enfants de maladies graves, de vouloir donner la vie à un enfant indemne : ce désir est légitime. Cependant combien de frères et sœurs malades sont sacrifiés pour que naisse un seul enfant sain ? Les parents doivent être informés des conditions réelles dans lesquelles se déroulent un DPI et mesurer les enjeux, pour eux-mêmes et pour leur famille. On ne le redira jamais assez : ce qui est légal n’est pas forcément moral.
On le voit, le choix de la mort provoquée génère toujours une forme de désespoir qui fait obstacle à l’expérience du bonheur : entendons-nous, un bonheur plein et sans mélange, aux dimensions mêmes de notre cœur.
Cependant il faut se garder de tout angélisme. Car faire le choix de la vie, lorsque l’on est confronté par exemple à une annonce de diagnostic anténatal, ou à une grossesse imprévue, n’est pas quelque chose de « facile ».
Il est plus difficile d’accueillir un enfant malade diagnostiqué avant la naissance, de l’élever et de le faire grandir, que de le supprimer au cours de sa gestation.
Il est plus difficile de lutter pour la survie et la préservation d’un seul embryon malade que d’en produire ou d’en supprimer des centaines en bonne santé pour les besoins de la science.
Il est plus difficile d’accompagner une personne en fin de vie en mettant en oeuvre des soins palliatifs, que de l’euthanasier pour soulager notre propre incapacité à supporter sa souffrance.
Cependant à aucun moment ces choix ne compromettent notre capacité à être heureux.
Ils sont, malgré la difficulté, générateurs de plénitude. Ils produisent de multiples fruits qui participent à l’accomplissement psychologique de la personne: fierté, sentiment de réussite, d’intégrité préservée, une joie profonde, et surtout, la paix du cœur. Il y en a tellement d’autres ! Tous sont le signe d’une action juste qui a « collé » à la réalité profonde des aspirations du cœur de l’homme.
Certes la douleur n’est pas anéantie dans ces moments, au contraire. Mais dire « oui » nous permet de trouver en nous-mêmes des ressources dont nous ne nous serions jamais cru capables. C’est un moyen de lutter contre l’adversité, de résister à la tentation du désespoir.
Ce « oui » est un combat qui peut à lui seul remplir toute une existence. Il faut avoir un cœur de mère déjà confronté à ce genre d’expérience pour pouvoir le dire.
On comprend mieux dans ces conditions le sens de ce mot tellement galvaudé aujourd’hui: le Bonheur. Il n’est pas une récompense qu’on obtient au terme d’une course éreintante, comme après une série d’épreuves initiatiques destinées à nous purifier. Non. Ce n’est pas non plus un état de non-désir qui nous rendrait indifférents à la souffrance d’autrui, aux tentations du monde ou aux propres évènements de notre vie.
Le Bonheur, c’est dire « oui » à cette vie qui s’annonce, sans savoir de quoi l’avenir sera fait.
C’est dire « oui » malgré les incertitudes. C’est considérer que Dieu – ou cet Autre qu’on ne connaît pas ! - s’est déjà saisi de cette part d’inconnu qui nous terrifie du fait de nos limites humaines ( nous voudrions tout maîtriser ! ) mais dont Il se porte garant.
Le Bonheur réside dans cette recherche d’une adéquation maximum entre l’orientation de notre vie et la vérité. Non la vérité changeante, aléatoire de l’opinion, ni celle des mauvaises lois de notre pays. Non pas une illusion, mais une vérité forte, immuable, celle qui nous « libère » de nos peurs. Croire que la vie a du prix et qu’elle mérite qu’on la protège rejoint la vérité du cœur de chacun. Le reconnaître est aussi une manière de préserver notre propre aptitude au bonheur.